Intel ME : système de sécurité ou porte dérobée permanente ?
Intel ME

Après avoir entendu des histoires d'horreur comme des routeurs modifiés par des agences gouvernementales, des attaques directes sur le firmware de nos appareils et un malware capable de contourner la fameuse « air gap », il ne manquait plus que de trouver quelque chose d'étrange dans nos processeurs et chipsets. Un récent article publié par BoingBoing explore le soi-disant Intel Management Engine, un sous-système basé sur un coprocesseur complètement fermé, chiffré, indépendant du CPU ou du système d'exploitation et qui ne peut pas être contrôlé par l'utilisateur….

La technologie AMT : aux origines d'Intel ME

L'histoire commence avec la plateforme AMT, Active Management Technology, destinée à ce qu'Intel appelle « administration hors bande », laquelle selon chaque terminal inclut des fonctions de surveillance, de mise à jour et de réparation. Si pour certains de nos lecteurs c'est la première fois qu'ils entendent parler d'AMT, c'est parce qu'elle passe généralement sous le terme général « Intel vPro », qui englobe d'autres technologies en plus d'AMT. AMT représente un accès de très bas niveau à l'ordinateur, et pour fonctionner, elle nécessite la combinaison matériel-firmware adéquate. En fait, AMT ne s'appuie pas sur « l'élément x86 » d'un processeur, mais utilise un coprocesseur ARC (Argonaut RISC Core) de 32 bits, très courant dans les SoC et autres systèmes intégrés. Ce coprocesseur est identifié comme Intel ME, et si le « paquet processeur-chipset » est livré avec un support vPro déclaré, il est très probable que le coprocesseur y soit aussi.

Intel ME : système de sécurité ou porte dérobée permanente ?
Un échantillon de ce que peut rapporter Intel AMT même avec le système en veille

Un pouvoir démesuré

Quel est le problème ? En bref, Intel ME a trop de pouvoir, et si un agent malveillant parvenait à en prendre le contrôle, il n'y aurait fondamentalement pas de retour en arrière. Intel ME fonctionne indépendamment du système d'exploitation, reste actif même en états de veille et d'hibernation, peut accéder à toute la mémoire de l'ordinateur, à ses périphériques, et même à ses connexions Internet, grâce à un micro-serveur TCP/IP dans l'interface réseau. Intel a tenté de partager le moins d'informations possible pour « réduire l'empreinte » d'Intel ME, et a implémenté un chiffrement RSA 2048 pour le protéger, mais nous savons qu'il y a des gens qui cherchent la moindre faille. Certains experts en sécurité ont déclaré qu'Intel ME était un rootkit Ring -3, avec des privilèges (et des risques) plus élevés qu'un Ring 0 (noyau) ou un Ring -1 (hyperviseur, comme le vieux Blue Pill de 2006).

Le manque de transparence

Le grand conflit d'Intel ME est le manque de transparence. Si ce coprocesseur est compromis, la capacité de l'utilisateur à empêcher ou réparer les dégâts est zéro. Faire appel à la phrase classique « le code open source est plus sûr » serait tomber dans un piège trop évident, car il y a eu des démonstrations dans le passé du contraire, mais l'accès au code équivaut au développement d'audits et à des évaluations plus précises sur la robustesse de ce sous-système. En attendant, ce qui nous reste, c'est de demander que jamais un exploit pour Intel ME n'apparaisse, ou comme d'autres l'ont suggéré, s'habituer à déconnecter physiquement Internet. Et la réponse est non, passer à AMD ne serait pas une solution.

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