Le 8 septembre 2026, la NSA, le FBI et la CISA ont accusé six entreprises chinoises — DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI — de campagnes de distillation de modèles d’IA à l’échelle industrielle. Anthropic attribue parallèlement plus de 151 millions d’échanges Claude à des opérateurs liés à Alibaba entre mai et juillet 2026, plus de 23 millions à Moonshot AI sur la même période et plus de 12,1 millions à DeepSeek sur 14 jours en juillet. Ces éléments décrivent des accusations et des évaluations officielles, pas une décision de justice.
Ce que dit l’avis américain
L’avis commun de la NSA, du FBI et de la CISA affirme que ces campagnes opèrent depuis au moins la fin de 2024 et visent notamment Claude, GPT, Gemini et Grok. Les agences décrivent des accès par API, fournisseurs cloud, agrégateurs tiers et « stations de transfert » du marché gris.
Elles évoquent aussi des comptes frauduleux, des abonnements premium partagés, des proxys, des adresses e-mail jetables, des paiements par cartes virtuelles, le nettoyage de métadonnées et le changement automatisé de parcours. Les capacités recherchées incluraient le raisonnement, la programmation, les mathématiques, l’ingénierie logicielle et les tâches avec agents.
Le statut de ces affirmations compte : l’avis américain accuse les six entreprises, mais il ne constitue pas une condamnation de DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun ou Z.AI.
La distillation n’est pas automatiquement un vol
La distillation est une méthode d’apprentissage « enseignant-élève ». Un modèle plus puissant produit des réponses à partir de requêtes ; un second modèle utilise ces sorties pour apprendre certaines capacités, souvent afin de construire un système plus petit ou plus efficace.
La technique est légitime en elle-même. Le litige porte plutôt sur l’autorisation accordée par le fournisseur, l’authenticité des comptes, le contournement de restrictions géographiques, le volume des requêtes, la collecte de traces de raisonnement et le respect éventuel des conditions d’utilisation.
| Dimension | Distillation ordinaire | Conduite alléguée par Anthropic et les agences américaines |
| Principe | Utiliser les sorties d’un modèle enseignant pour entraîner un modèle élève. | Extraire à grande échelle des capacités de modèles tiers pour des systèmes concurrents. |
| Accès | Accès autorisé, licence commerciale, recherche ou utilisation de ses propres modèles. | Comptes frauduleux, proxys, agrégateurs, abonnements partagés et contournement présumé de restrictions. |
| Données utilisées | Réponses ou signaux d’apprentissage ; le code source et les poids ne sont pas nécessaires par nature. | Sorties, traces de raisonnement et fonctionnalités propriétaires sont au cœur des accusations. |
| Question centrale | La méthode et l’accès respectent les règles applicables. | L’autorisation, l’identité des utilisateurs et les conditions d’utilisation sont contestées. |
Les chiffres attribués par Anthropic
Anthropic affirme avoir détecté et perturbé des activités liées à plusieurs laboratoires chinois. Les chiffres suivants restent des volumes qu’Anthropic attribue aux opérateurs concernés.
| Entité | Activité Claude attribuée | Période de mesure | Condition supplémentaire |
| Opérateurs liés à Alibaba | Plus de 151 millions d’échanges | Mai à juillet 2026 | Pic proche de 3 millions d’échanges par jour et plus de 3 500 comptes présentés comme frauduleux |
| Moonshot AI | Plus de 23 millions d’échanges | Mai à juillet 2026 | Près de 300 000 requêtes de clients auraient été relayées vers Claude sur 10 jours |
| DeepSeek | Plus de 12,1 millions d’échanges | 14 jours en juillet 2026 | Volume attribué par Anthropic à une activité liée à DeepSeek |
Alibaba est associé à Qwen, tandis que Moonshot AI développe Kimi. Selon les accusations attribuées à Anthropic, certaines requêtes de clients de Kimi et de DeepSeek auraient été envoyées à Claude alors que les utilisateurs pensaient interagir avec les modèles des entreprises chinoises. L’ampleur exacte de ce routage et l’information donnée aux clients restent incertaines.
La question des requêtes utilisateurs
Ce routage présumé élargit le problème : il ne s’agirait plus seulement de demander des réponses à un modèle concurrent pour entraîner un autre système, mais aussi de faire transiter des requêtes de clients par Claude dans le cadre de services utilisés au quotidien.
Anthropic affirme que certains échanges contenaient des informations sensibles provenant de particuliers, de grandes entreprises et d’acteurs liés à des États. L’entreprise estime que ces pratiques pourraient être incompatibles avec les obligations de confidentialité et les conditions d’utilisation des laboratoires concernés. Cette appréciation reste celle d’Anthropic.
La réponse envisagée par les fournisseurs
La CISA recommande aux fournisseurs de repérer les comportements anormaux, de partager leurs renseignements et d’adapter leurs réponses lorsqu’une tentative de distillation malveillante est considérée comme très probable. L’avis mentionne notamment des réponses de moindre fidélité ou dégradées dans ces cas précis.
Cette recommandation ne prévoit pas une dégradation générale pour les utilisateurs chinois. Elle distingue les tentatives malveillantes présumées des chercheurs et des évaluateurs légitimes et s’adresse aux fournisseurs de modèles, pas à l’ensemble des internautes.
Ce qui est établi — et ce qui ne l’est pas
La NSA, le FBI et la CISA ont bien publié un avis visant six entreprises. Anthropic a également publié une analyse de menaces couvrant des activités qu’elle dit avoir détectées et perturbées entre décembre 2025 et août 2026. Les volumes associés à Alibaba, Moonshot AI et DeepSeek sont des attributions d’Anthropic, avec les périodes indiquées ci-dessus.
Les accusations concernent des sorties de modèles, des traces de raisonnement et des capacités obtenues par des interfaces de modèles. Elles n’établissent pas le transfert du code source ou des poids. Aucune décision judiciaire établissant un vol, une contrefaçon ou une infraction précise commise par les entreprises nommées n’est mentionnée.
La distinction est essentielle : la distillation est une technique ; l’autorisation d’accès et la manière de traiter les données constituent le cœur du litige. Pour les fournisseurs, l’enjeu est de surveiller les schémas d’accès sans confondre recherche légitime et extraction abusive. Pour les utilisateurs, il concerne surtout la destination de leurs requêtes lorsqu’un service s’appuie sur un autre modèle en arrière-plan.