Apple a engagé une action fédérale contre OpenAI en accusant d’anciens employés d’avoir transféré ou consulté des informations confidentielles liées à ses produits et à ses activités matérielles. OpenAI nie toute appropriation de secrets commerciaux, conteste la présentation d’Apple et a publié une sélection de courriels et de messages pour défendre sa position. À ce stade, aucune décision judiciaire finale n’établit que les secrets d’Apple ont été détournés.
L’affaire est suivie de près parce qu’elle touche directement la nouvelle activité de matériel grand public d’OpenAI. Elle oppose donc deux questions : ce qui s’est réellement passé avec les informations d’Apple, et la manière dont OpenAI peut construire ses futurs produits dans un secteur où les transferts de talents sont particulièrement sensibles.
L’objet du procès Apple–OpenAI
Apple affirme que d’anciens salariés ont emporté ou utilisé des informations confidentielles après avoir rejoint l’équipe matérielle d’OpenAI. Les éléments cités dans les accusations comprennent des détails sur des produits non commercialisés, des documents internes, des plans de matériel et des composants physiques. Apple affirme également que certaines pratiques d’entretien auraient incité des candidats à présenter des pièces ou à participer à des démonstrations de type « show-and-tell ».
Ces faits restent des allégations. Ils ne constituent pas une conclusion de la justice et ne permettent pas d’affirmer qu’OpenAI a utilisé des secrets d’Apple.
Le désaccord porte notamment sur l’accès aux fichiers. Apple décrit des accès et des téléchargements non autorisés. OpenAI soutient de son côté qu’Apple avait laissé des autorisations résiduelles actives et que des salariés d’Apple avaient contacté Chang Liu pour obtenir de l’aide afin de retrouver des fichiers. Chang Liu est un ancien salarié d’Apple devenu employé d’OpenAI ; son accès aux données fait partie des points contestés.
Tang Yew Tan, directeur du matériel d’OpenAI et ancien cadre d’Apple, figure également au cœur du conflit. Le rôle de ces personnes dans la procédure ne permet pas, à lui seul, de conclure à une faute individuelle.
Une affaire élargie à jusqu’à 13 anciens employés
Les accusations initiales déposées en juillet 2026 concernaient deux anciens employés d’Apple. Des informations publiées ultérieurement évoquent une extension à jusqu’à 13 anciens employés. Cette formulation décrit une accusation rapportée dans le cadre du litige ; elle ne signifie pas que les 13 personnes auraient divulgué des secrets commerciaux, ni que leur responsabilité serait établie.
Apple a demandé une procédure accélérée, avec notamment des mesures de découverte — la phase durant laquelle les parties rassemblent et échangent des éléments utiles au procès — ainsi que des dépositions. L’entreprise a aussi demandé une injonction préliminaire visant à limiter l’accès, l’utilisation ou la divulgation de ses informations confidentielles pendant la procédure.
Cette étape est importante, mais elle ne tranche pas le fond de l’affaire. Une injonction préliminaire est une mesure provisoire demandée au tribunal ; elle ne remplace pas un jugement établissant la réalité d’un détournement de secrets commerciaux.
Les demandes d’Apple et la riposte d’OpenAI
Les deux entreprises ne décrivent pas les mêmes faits. Voici les points de désaccord les plus utiles pour comprendre le dossier :
| Question | Accusation ou demande d’Apple | Réponse d’OpenAI |
| Accès aux informations | D’anciens employés auraient accédé à des documents confidentiels, les auraient téléchargés ou les auraient divulgués. | Apple aurait conservé des accès résiduels et aurait sollicité Chang Liu pour retrouver certains fichiers. |
| Nature des informations | Apple cite notamment des produits non commercialisés, des plans de matériel, des documents internes et des composants. | OpenAI affirme ne pas vouloir ni utiliser les secrets commerciaux d’autres entreprises. |
| Procédure | Apple demande une découverte accélérée, des dépositions et une injonction préliminaire. | OpenAI a demandé le rejet de l’action et s’est opposée à la demande d’injonction d’Apple. |
| Entretiens de recrutement | Apple affirme que des responsables du matériel auraient demandé à des candidats de présenter des pièces ou de participer à des démonstrations. | OpenAI rejette l’idée d’une utilisation de renseignements confidentiels d’autres entreprises. |
Le 3 août 2026, OpenAI a publié sa réponse publique ainsi qu’une sélection de conversations iMessage et de courriels. L’entreprise y conteste les accusations d’Apple et affirme que sa demande d’injonction repose sur des informations fausses et serait inutile, puisqu’OpenAI dit ne pas détenir ni vouloir les secrets commerciaux d’Apple.
OpenAI a ensuite mis en avant sa demande de rejet de l’action, puis son opposition à la demande d’injonction préliminaire d’Apple. La chronologie montre une bataille procédurale active, mais elle ne permet pas de conclure à l’issue de la procédure.
Pourquoi le matériel grand public est au centre du conflit
Le litige ne concerne pas seulement des échanges de fichiers ou des pratiques de recrutement. Il intervient alors qu’OpenAI cherche à entrer dans le matériel grand public. Le contexte comprend l’acquisition annoncée de io Products, une entreprise associée à Jony Ive, pour un montant rapporté de 6,5 milliards de dollars.
Cette stratégie donne une portée particulière aux accusations d’Apple. Si des informations confidentielles avaient été utilisées, elles pourraient concerner une activité destinée à produire des appareils et non plus seulement des logiciels ou des services d’intelligence artificielle. Mais le lien stratégique entre le procès et le matériel d’OpenAI ne prouve pas, en lui-même, que les informations d’Apple ont été utilisées.
Les descriptions circulant au sujet d’un futur appareil d’OpenAI ne doivent pas être traitées comme des caractéristiques confirmées. Le procès établit le contexte de la bataille autour du matériel ; il ne fournit pas une fiche technique officielle d’un produit à venir.
Ce que l’affaire permet — et ne permet pas — d’affirmer
Une juridiction a-t-elle conclu qu’OpenAI avait volé des secrets commerciaux à Apple ? Non. Les éléments disponibles décrivent une plainte, des accusations opposées, des demandes procédurales et la défense publique d’OpenAI, mais pas une décision judiciaire finale établissant une appropriation illicite.
OpenAI a-t-elle reconnu les faits ? Non. OpenAI nie toute faute et affirme ne pas vouloir ni utiliser les secrets commerciaux d’autres entreprises. La publication de courriels et de messages constitue la réponse publique de l’entreprise ; elle ne règle pas à elle seule le différend.
Combien d’anciens salariés sont concernés ? Les accusations initiales de juillet 2026 en concernaient deux. Des informations ultérieures parlent de jusqu’à 13 anciens employés. Ce nombre doit rester présenté comme une allégation rapportée, pas comme un décompte judiciaire définitif.
Pour les lecteurs qui suivent la course au matériel dopé à l’IA, l’enjeu est donc clair : l’affaire peut compliquer la stratégie d’OpenAI et son recrutement, mais elle ne permet pas encore de savoir si Apple obtiendra les restrictions demandées ni si ses accusations seront finalement retenues. Le point décisif sera la manière dont la procédure examinera les accès aux fichiers, les communications entre les parties et l’usage éventuel des informations contestées.