L’étude publiée dans Science reconstitue une longue séquence de recul et de reprise de la calotte Barnes, puis un recul généralisé à partir d’environ 1960. Sur l’île de Baffin, au Canada, les chercheurs situent le passage du bord de la glace à l’intérieur de sa limite de 2022 à 3,56 ± 0,24 ka BP, avant un minimum et une nouvelle expansion. Ils attribuent le recul moderne au réchauffement estival lié aux activités humaines.
La chronologie reconstruite de la calotte Barnes
Dans cette étude, « ka BP » signifie milliers d’années avant 1950. Les datations au béryllium 10 situent un recul vers l’intérieur, au-delà de la limite de 2022, à 3,56 ± 0,24 ka BP. La calotte a ensuite connu une configuration minimale avant sa reprise d’expansion, que les auteurs situent vers 2 ka BP.
| Période | Évolution reconstituée |
| 3,56 ± 0,24 ka BP | Le bord de la glace passe à l’intérieur de la limite de 2022. |
| Entre environ 3 et 2 ka BP, jusqu’aux alentours de l’an 1000 | La calotte atteint sa configuration minimale, plus réduite que ses dimensions modernes. |
| Vers 2 ka BP | Les auteurs infèrent une reprise de l’expansion. |
| Vers l’an 1000 | Les datations suggèrent une avancée vers l’extension maximale historique. La tendance générale est à l’expansion, malgré des fluctuations. |
| Vers 1800 ± 200 | La calotte approche de son extension historique maximale. |
| Vers 1960 | Le recul contemporain devient généralisé, après des signes localisés visibles sur des photographies aériennes de 1957. |
La reconstitution s’appuie sur des mesures de béryllium 10 dans des roches et des blocs erratiques, ainsi que sur des datations au radiocarbone de végétation ensevelie par la glace. Cette végétation avait poussé sur des terrains ensuite recouverts. L’étude rapporte 88 nouvelles datations calibrées près de la limite de 2022. Elle comprend aussi 10 blocs erratiques prélevés dans une moraine située à environ 7 à 9 km de la marge moderne, 13 surfaces rocheuses à l’extérieur de la limite approximative de 1960 et 12 à l’intérieur. L’étude publiée dans Science décrit la méthode et les étapes de cette chronologie.
Le recul moderne et la ligne de neige
Entre environ 1960 et 2022, la marge de la calotte a reculé d’environ 200 à 800 m selon les secteurs. La part de sa surface située au-dessus de la ligne de neige moyenne est passée d’environ 35 % pour la période 1960-1980 à environ 3 % pour 2000-2012. Cette zone d’accumulation, où la neige s’ajoute à la glace, a disparu depuis 2010, selon l’étude.
Les auteurs attribuent le bilan de masse négatif observé depuis le début des années 1960 au réchauffement estival d’origine humaine. Leur interprétation plus large est que l’expansion tardive de la calotte marquait le début d’une glaciation, ensuite interrompue par ce réchauffement. Cette conclusion porte sur le relevé de Baffin : Meredith Kelly, spécialiste des sciences de la Terre à Dartmouth, estime que des comparaisons avec d’autres sites sont nécessaires pour comprendre l’évolution du système terrestre à plus grande échelle.