TSMC construit environ 20 fabs — des usines de fabrication de semi-conducteurs — en parallèle, dont 13 à Taïwan et cinq à six sites à l’étranger. Pourtant, cette accélération ne suffit toujours pas à suivre la demande de puces destinée à l’intelligence artificielle : selon Y.C. Hou, vice-président senior de TSMC, le manque de travailleurs qualifiés pour construire et équiper ces sites est désormais le principal frein à l’augmentation de la capacité.
L’expansion de TSMC ne suffit toujours pas face à la demande de puces IA
Le chiffre à retenir est donc environ 20 fabs, et non un total exact gravé dans le silicium. Le programme est décrit comme pouvant atteindre une ampleur jusqu’à cinq fois supérieure à celle des précédentes vagues d’expansion de TSMC. En juillet, la demande d’équipements de fabrication aurait atteint 1,9 fois son niveau de la fin de l’année précédente.
Le problème est simple à formuler, mais beaucoup moins simple à résoudre : les nouvelles usines doivent être construites, raccordées, équipées puis mises en service, alors que la demande de capacités de production progresse déjà plus vite que ce calendrier industriel.
Pourquoi le chiffre de 19 fabs doit être nuancé
Le total de 19 vient d’un décompte qui additionne 13 fabs à Taïwan et six sites à l’étranger. Le rapport principal parle toutefois d’environ 20 fabs et conserve une fourchette de cinq à six sites hors de Taïwan. Cette formulation approximative est la plus fidèle aux éléments disponibles.
La différence n’est pas anodine. Présenter 19 comme un nombre exact donnerait une précision que la fourchette sur les sites étrangers ne permet pas d’établir. Ce qui est solide, en revanche, c’est l’ordre de grandeur : TSMC mène un programme mondial exceptionnellement vaste, et une partie de cette expansion se déroule hors de son territoire historique.
Le vrai goulot d’étranglement : les travailleurs qualifiés
Y.C. Hou identifie une pénurie sévère de travailleurs qualifiés dans la construction, à Taïwan comme aux États-Unis. Il ne s’agit pas simplement de recruter davantage de personnel pour faire fonctionner une ligne de production. Un chantier de fab exige des compétences en installations électriques et mécaniques, en systèmes de salles blanches, en tuyauterie industrielle et en pose d’équipements de précision.
Autrement dit, injecter davantage d’argent ne fait pas apparaître instantanément les équipes capables d’installer ces infrastructures dans les règles. C’est la différence entre financer une usine et la rendre réellement opérationnelle — une nuance peu spectaculaire dans un tableur, mais décisive sur le terrain.
| Dimension | Expansion mondiale actuelle | Précédent de l’Arizona |
| Échelle | Environ 20 fabs en construction simultanément, dont 13 à Taïwan et cinq à six à l’étranger | Le projet d’Arizona a commencé autour d’une première fab avant de s’étendre à plusieurs unités |
| Difficulté principale | Pénurie de travailleurs qualifiés pour les chantiers et l’équipement des sites | Manque de personnel spécialisé pour installer les équipements d’une usine conforme aux exigences des semi-conducteurs |
| Pression sur la capacité | La demande liée à l’IA reste supérieure à la capacité attendue des nouvelles fabs | La production initiale de puces 4 nm a été déplacée de 2024 à 2025 |
L’Arizona a déjà montré la difficulté
Le projet de TSMC en Arizona fournit un précédent concret. En 2023, l’entreprise a expliqué que la production initiale de puces 4 nm serait repoussée de 2024 à 2025 en raison d’un nombre insuffisant de travailleurs possédant l’expertise nécessaire pour installer les équipements spécialisés. Des techniciens expérimentés venus de Taïwan devaient contribuer à la formation des équipes locales.
La construction elle-même donne une idée de la difficulté. Le site de l’Arizona s’étend sur 1 100 acres. Pour une seule fab, le chantier a nécessité plus de 15 millions de pieds de câbles et de fils, plus de 2 000 raccordements électriques et 40 000 boulons. Ces chiffres ne mesurent pas directement la pénurie mondiale, mais ils expliquent pourquoi les compétences de chantier sont si difficiles à remplacer rapidement.
Le cas américain rappelle aussi qu’il faut distinguer les différentes étapes d’un projet. Les montants de 40 milliards de dollars et de 65 milliards de dollars cités dans des contextes antérieurs correspondent à des périmètres différents du projet d’Arizona ; ils ne doivent pas être additionnés ni présentés comme le coût actuel de l’expansion mondiale.
L’IA peut optimiser la production, pas construire une usine
TSMC déploie de l’IA sur ses lignes de production pour améliorer la capacité et protéger ses secrets technologiques. Le rôle précis de ces systèmes n’est pas détaillé, et cette utilisation concerne la production en usine — pas la construction des bâtiments ni l’installation des équipements.
L’IA peut donc contribuer à mieux exploiter une fab une fois qu’elle existe. Elle ne transforme pas pour autant un chantier complexe en opération automatique. Tant que les salles blanches, les réseaux électriques et les équipements de fabrication ne sont pas prêts, aucun algorithme ne peut produire les puces attendues.
Ce que cela change pour l’offre de puces
Pour les fabricants de puces et leurs clients, le calendrier de construction devient aussi important que l’investissement annoncé. TSMC ajoute de la capacité parce que la demande liée à l’IA est exceptionnellement forte, mais chaque nouveau site reste dépendant de compétences rares et d’une mise en service qui se compte en années, pas en semaines.
Le précédent de l’Arizona ne prouve pas que chaque nouvelle fab connaîtra le même retard. Il montre toutefois le type de contrainte qui peut transformer une ambition industrielle en calendrier mouvant. À l’échelle du secteur américain des semi-conducteurs, une projection évoque par ailleurs un déficit de près de 70 000 travailleurs d’ici 2030 : ce chiffre concerne l’ensemble du secteur, pas TSMC en particulier.
La conclusion est moins flamboyante qu’une annonce de dizaines d’usines, mais plus utile pour comprendre la situation : TSMC peut lancer une expansion gigantesque sans obtenir immédiatement la capacité promise par les plans sur le papier. La demande d’IA pousse le secteur vers l’avant ; les travailleurs capables de construire et d’équiper les fabs déterminent la vitesse réelle du mouvement.