Le réseau des réseaux est devenu un terrain fertile pour la propagation d'idées complètement ridicules, qu'une dose minimale d'information suffit à neutraliser... mais certaines conspirations ressemblent à des méchants : elles font plus peur quand elles ont un peu de sens. Cela nous amène à ce qu'on appelle la théorie de l'Internet mort. Que propose-t-elle ? Très simple : la grande majorité du contenu que nous voyons sur Internet n'est pas créé par des humains, mais par un réseau mondial d'intelligences artificielles dans le but de fabriquer des consommateurs ayant un profil culturel spécifique.
Un des exemples les plus frappants est Twitter : un tweet devient populaire, et en quelques secondes, une armée de comptes se met à le retweeter sans fin, ou pire, à publier une variante du tweet original à la recherche de likes. On l'a aussi remarqué sur YouTube, où des systèmes automatiques repèrent les commentaires bien accueillis par le public, les traduisent et les publient sur d'autres versions de la même vidéo.
Ce n'est pas un hasard. Je sais que vous avez vu quelque chose de ce genre, d'une manière ou d'une autre. Et ce sentiment est bien plus ancien qu'on ne le pense... le sentiment qu'Internet est contrôlé presque entièrement par une armée impitoyable de bots. Cela a même un nom : la théorie de l'Internet mort.
D'où vient la théorie de l'Internet mort ?
Tous les chemins mènent au forum Agora Road's Macintosh Cafe, où l'utilisateur IlluminatiPirate a présenté son cas en janvier 2021. IlluminatiPirate se décrit comme quelqu'un de vieux, un ancien cowboy qui a commencé à parcourir 4chan en 2006. Évidemment, cela nous donne une assez bonne idée du contenu auquel nous pouvons nous attendre dans sa description, un hybride mutant formé par les posts d'anons de la section paranormale de 4chan et du forum Wizardchan. Mais au-delà du langage coloré, le message suggère que à un moment donné en 2016 ou 2017, Internet est mort pour devenir une coquille stérile et dépourvue de contenu, occupée par des bots.
Le fil de la théorie est bien plus long que ce que l'on imagine. Un article publié par le New York Magazine en décembre 2018 indique que moins de 60 pour cent du trafic sur le Web est généré par des humains. Un exemple plus extrême ? Pendant un bref moment en 2013, la moitié du trafic de YouTube était due à des bots. Et comme on pouvait s'y attendre, la théorie gagne du terrain.
Des fermes de clics en Chine aux statistiques falsifiées de Facebook, en passant par la facilité et le faible coût de maintenance d'un bot de nos jours, et les discussions cycliques sur Twitter à propos d'économie, de politique, de nourriture, de régimes, de sexe, 5G radioactif, de vaccins au graphène et même de « superlunes » au pluriel, car apparemment il y en a plus d'une et la NASA le cache (?). La théorie de l'Internet mort est ridicule... mais elle nous met mal à l'aise. Que puis-je dire pour ma défense ? Simple : un bot ne se plaint pas de maux de dos et ne perd pas une heure avec le service technique d'Internet pour qu'on lui rétablisse la connexion... ou peut-être que si...?
Source : The Atlantic