Le 10 septembre 2026, Anthropic a décrit sept campagnes présumées menées par des laboratoires chinois pour extraire les capacités de Claude à grande échelle. Deux jours plus tôt, la NSA, la CISA et le FBI avaient évoqué une activité industrielle visant des modèles américains, lancée au plus tard fin 2024. Les chiffres les plus élevés concernent des opérateurs liés à Alibaba, Moonshot AI et DeepSeek, mais ils restent des accusations attribuées à Anthropic et aux agences américaines.
Ce qui s’est passé
Anthropic affirme que des opérateurs ont utilisé de faux comptes, des réseaux proxy, des agrégateurs tiers et des services cloud pour accéder à Claude malgré des restrictions régionales et des protections du fournisseur. Les méthodes citées comprennent aussi le partage de moyens de paiement, le masquage géographique, le basculement automatisé entre comptes et la manipulation des invites.
L’avis conjoint publié le 8 septembre 2026 cite six entreprises : DeepSeek, Moonshot AI, Alibaba, MiniMax, StepFun et Z.AI. Le rapport d’Anthropic en cite sept, avec notamment Xiaomi et SenseTime. Ces deux listes ne couvrent donc pas exactement le même périmètre.
Anthropic affirme avoir interrompu les campagnes décrites et avoir renforcé les contrôles au niveau des comptes et des organisations. L’entreprise dit également avoir ajouté des vérifications d’identité, partagé des informations de renseignement et réduit le niveau de détail fourni par les traces de raisonnement.
Que signifie la distillation des modèles d’IA ?
La distillation consiste à entraîner un modèle plus petit, appelé « élève », à partir des réponses produites par un modèle plus puissant, appelé « professeur ». La technique est courante dans l’industrie de l’IA. Dans le cas présent, Anthropic et les agences américaines contestent surtout la manière dont Claude aurait été interrogé : comptes frauduleux, accès contourné, invites coordonnées et collecte massive de réponses ou de traces de raisonnement.
Les capacités visées incluraient le raisonnement, l’utilisation d’outils, le codage, les flux de travail agentiques, l’utilisation d’un ordinateur, l’analyse de données, la vision par ordinateur et l’ingénierie logicielle. L’objectif allégué serait de transformer ces sorties en données d’entraînement ou d’amélioration pour des modèles concurrents.
Les campagnes attribuées à Alibaba, Moonshot AI et DeepSeek
Anthropic attribue les volumes suivants à plusieurs campagnes observées en 2026 :
| Entité citée | Période | Activité rapportée | Usage allégué |
| Opérateurs liés à Alibaba | Mai à juillet 2026 | Plus de 151 millions d’échanges et plus de 3 500 comptes frauduleux | Soutien présumé au développement de Qwen |
| Moonshot AI | Mai à juillet 2026 | Plus de 23 millions d’échanges ; près de 300 000 demandes de clients sur dix jours | Acheminement présumé de demandes vers Claude |
| DeepSeek | 14 jours en juillet 2026 | Plus de 12,1 millions d’échanges | Extraction présumée de capacités de Claude |
| Zhipu/Z.AI | Juin et juillet 2026, sur 17 jours | Plus de 3,4 millions d’échanges et 273 comptes tournants | Extraction et affinage présumés de traces de raisonnement |
| Xiaomi | Mars et avril 2026, sur 20 jours | Plus de 400 000 échanges | Réutilisation présumée de conversations et de sessions de codage de MiMo |
Le rapport d’Anthropic décrit aussi des campagnes antérieures rendues publiques le 23 février 2026. Elles totalisaient plus de 16 millions d’échanges et environ 24 000 comptes frauduleux, associés à DeepSeek, Moonshot AI et MiniMax.
Des demandes de clients auraient-elles transité par Claude ?
Anthropic affirme que Moonshot AI et DeepSeek ont fait passer certaines demandes réelles de clients par Claude sans que les utilisateurs en soient informés. Pour Moonshot AI, l’entreprise évoque près de 300 000 demandes sur une période de dix jours et environ 5 380 comptes utilisés dans la campagne décrite.
Cette allégation donne au dossier une dimension différente d’un simple test comparatif entre modèles. Des sessions transférées auraient contenu des noms, des adresses e-mail et des informations d’entreprise, d’après Anthropic. Le risque mis en avant concerne donc aussi la confidentialité des utilisateurs lorsque la requête d’un assistant est envoyée à un autre fournisseur.
Une affaire devenue un sujet de sécurité nationale
Les agences américaines décrivent la distillation industrielle comme un moyen de transférer des capacités logicielles par l’intermédiaire de requêtes, sans déplacer physiquement les puces avancées qui ont servi à entraîner le modèle. C’est ce qui explique, dans leur analyse, pourquoi les contrôles à l’exportation de matériel ne suffisent pas nécessairement à bloquer ce type d’accès.
L’avis américain estime que l’activité a probablement été menée avec la connaissance des autorités chinoises. Cette formulation reste une appréciation prudente des agences : elle n’affirme pas que Pékin a dirigé chacune des campagnes citées.
La réponse politique chinoise est venue le 9 septembre 2026. Le ministère chinois du Commerce a rejeté les accusations américaines et averti qu’il pourrait prendre des contre-mesures si les États-Unis s’en servaient pour restreindre les entreprises chinoises d’intelligence artificielle.
Au 12 septembre 2026, les accusations n’avaient pas donné lieu à une décision de justice ni à une condamnation pénale concernant les entreprises citées. La confrontation se poursuivait donc sur le terrain des rapports de sécurité, des mesures d’accès aux modèles et de la politique industrielle.