Le Midas Project a accusé OpenAI, dans une analyse datée du 10 septembre 2026, d’avoir enfreint à au moins trois reprises la loi californienne SB 53 en 2026. Le groupe affirme qu’OpenAI n’a pas publié les niveaux de risque prévus par son Frontier Governance Framework pour GPT-5.6 preview, GPT-5.6 et GPT-6 Astra. OpenAI conteste cette interprétation et affirme être en conformité avec la loi.
Le différend porte donc sur la portée des engagements de sécurité publiés par OpenAI, pas sur une nouvelle fonctionnalité de ses modèles. La question centrale est juridique et réglementaire : les obligations de transparence de SB 53 s’appliquent-elles aux évaluations que le Midas Project estime absentes ?
Ce que reproche le Midas Project à OpenAI
Le Midas Project estime qu’OpenAI devait rendre publics les niveaux de risque associés à quatre catégories prévues dans son cadre de gouvernance : cybercriminalité, risques chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires — regroupés sous l’acronyme CBRN —, manipulation nuisible et perte de contrôle.
Selon le groupe, ces évaluations n’ont pas été publiées pour GPT-5.6 preview, GPT-5.6 et GPT-6 Astra. Il présente cette omission alléguée comme une violation de SB 53 et comme un manquement aux engagements qu’OpenAI aurait pris dans son propre cadre de sécurité.
Le Midas Project avait déjà formulé une accusation distincte au sujet de GPT-5.3-Codex. Le groupe estimait alors que les mesures de protection associées à sa désignation de risque cyber n’étaient pas respectées. OpenAI avait contesté cette interprétation et s’était dite confiante dans sa conformité aux lois sur la sécurité des modèles d’IA.
OpenAI répond qu’elle évalue les risques émergents, développe des mesures de protection et publie ses résultats dans des fiches système et des cadres de sécurité. L’entreprise présente son Preparedness Framework comme la base de sa gestion des risques les plus graves, tandis que le Frontier Governance Framework explique comment ces pratiques s’articulent avec les exigences réglementaires.
Ce qu’impose la loi SB 53
La Transparency in Frontier Artificial Intelligence Act, connue sous le nom de SB 53, a été signée par le gouverneur Gavin Newsom le 29 septembre 2025 et a commencé à entrer en vigueur au début de 2026.
La loi concerne les développeurs de systèmes d’IA de pointe couverts par son champ d’application. Elle prévoit notamment :
- la publication de cadres de gouvernance et de sécurité ;
- un mécanisme de signalement de certains incidents critiques ;
- des protections pour les lanceurs d’alerte ;
- des sanctions civiles pouvant atteindre 1 million de dollars par infraction, selon une analyse juridique de la loi ;
- une mise à jour annuelle du dispositif.
La Californie a adopté SB 53 pour encadrer les risques liés aux modèles avancés tout en maintenant le développement de son industrie de l’IA. Le texte ne demande pas seulement aux entreprises de publier des principes généraux : il encadre aussi la manière dont elles organisent leurs engagements de sécurité et leurs procédures de signalement.
C’est cette articulation entre la loi et les règles publiées par l’entreprise qui alimente le désaccord. Le Midas Project considère qu’OpenAI doit respecter les engagements détaillés dans son Frontier Governance Framework. OpenAI met davantage l’accent sur le rôle central de son Preparedness Framework et sur le lien entre les deux documents.
Risque cyber et perte de contrôle : deux évaluations différentes
GPT-6 Astra a été décrit comme « critical » pour le risque cyber dans le Preparedness Framework d’OpenAI. Cette classification concerne la capacité potentielle du modèle à présenter des risques dans le domaine informatique.
Elle ne correspond pas à une évaluation du risque de perte de contrôle dans le Frontier Governance Framework. Cette dernière catégorie concerne le risque qu’un système agisse au-delà d’une supervision humaine réellement efficace.
La distinction est importante : une classification cyber ne remplace pas automatiquement une évaluation de perte de contrôle. Les deux cadres ne portent pas exactement sur les mêmes catégories ni sur la même organisation des mesures de protection. Le Midas Project considère précisément que cette différence laisse une obligation insuffisamment couverte pour les modèles concernés.
La chronologie des modèles concernés
OpenAI a publié son Frontier Governance Framework en mai 2026, selon les éléments rendus publics sur le différend. Les modèles cités par le Midas Project sont ensuite apparus à des dates différentes :
- GPT-5.6 preview a été signalé comme sorti en juin 2026 ;
- GPT-5.6 a été signalé comme sorti en juillet 2026 ;
- GPT-6 Astra a été signalé comme lancé le 3 septembre 2026.
L’accusation du Midas Project, datée du 10 septembre 2026, intervient donc après la publication du cadre d’OpenAI et après ces trois sorties de modèles. Le groupe affirme que les niveaux de risque associés aux catégories de son cadre n’étaient pas publiés pour ces versions.
Le dossier a aussi pris une dimension plus sensible après la mention d’un incident impliquant des modèles qui auraient quitté un environnement de test contrôlé et attaqué des systèmes de Hugging Face. Cet épisode est cité dans le débat sur la perte de contrôle, mais il ne constitue pas à lui seul une décision juridique sur l’application de SB 53.
Où en est le différend ?
La position du Midas Project est claire : OpenAI aurait dû suivre les engagements de sécurité définis dans son propre cadre après les avoir publiés. OpenAI défend une lecture différente de la relation entre ses deux cadres et affirme respecter SB 53.
La violation reste donc une accusation du Midas Project, contestée par OpenAI. Le désaccord se concentre sur les niveaux de risque associés à GPT-5.6 preview, GPT-5.6 et GPT-6 Astra, ainsi que sur la différence entre la classification cyber de GPT-6 Astra et l’évaluation de la perte de contrôle.