La Corée du Sud prépare AI for All, un projet de service public qui doit proposer aux citoyens un chatbot généraliste gratuit et sans limite d’usage, ainsi qu’un agent consacré aux démarches administratives. Le Ministry of Science and ICT prévoit une phase bêta d’ici à la fin septembre 2026, puis un déploiement national au cours de 2026.

Le projet ne se limite pas à offrir un chatbot : il doit aussi soutenir une filière sud-coréenne de l’intelligence artificielle. Les services retenus devront fonctionner principalement avec des modèles développés en Corée du Sud, tandis que l’État prévoit de fournir l’infrastructure de calcul et de prendre en charge les coûts de fonctionnement à partir de 2027.

La Corée du Sud veut faire de l’IA un service public

Le AI for All Project, nom officiel du programme, vise à intégrer l’intelligence artificielle dans le travail, l’éducation, les services publics et la vie quotidienne. Le Ministry of Science and ICT présente le chatbot comme un outil d’accès général, comparable dans son ambition aux grands outils numériques devenus courants.

L’autre volet central est un agent public conçu pour aider les citoyens à trouver les prestations auxquelles ils peuvent prétendre, comprendre les démarches et effectuer leurs demandes. Des fonctions comme les réservations et les paiements figurent également dans les objectifs annoncés du programme.

Le calendrier reste celui d’un déploiement progressif : après une bêta prévue d’ici à la fin septembre 2026, le ministère prévoit une mise en service nationale au cours de l’année 2026.

Ce que prévoit AI for All

Le futur service doit être gratuit pour ses utilisateurs et fonctionner sans limite d’usage selon le plan officiel. Le ministère ne définit toutefois pas, dans cette annonce, les paramètres techniques qui encadreraient cette promesse, comme les éventuelles règles de débit ou de disponibilité.

La contrainte la plus importante concerne l’origine des modèles. Chaque service devra consacrer au moins 50 % de son fonctionnement à un modèle fondamental souverain développé en Corée du Sud et répondant aux critères du gouvernement. Au moins 30 % supplémentaires devront provenir de modèles conçus par d’autres entreprises sud-coréennes.

Les modèles étrangers resteront autorisés lorsque leur utilisation sera jugée minimale et nécessaire. La part correspondante ne bénéficiera pas du financement public prévu par le programme. Cette architecture impose donc au moins 80 % d’utilisation de modèles sud-coréens selon les deux seuils annoncés, sans transformer AI for All en simple accès financé à un service étranger.

Trois consortiums pour atteindre la population

Le Ministry of Science and ICT a retenu trois consortiums dirigés par SK Telecom, Kakao et KT, après l’évaluation de six candidatures. Chacun propose des points d’accès différents :

Consortium leaderAccès ou intégration prévueFonction publique prévue
SK TelecomApplications, site web, appels téléphoniques et messages texteUn agent destiné à repérer les prestations publiques et à aider aux demandes
KakaoL’écosystème de messagerie de Kakao et un service d’appel fondé sur l’IA avec LG U+Un agent destiné à repérer les prestations publiques et à aider aux demandes
KTIntégrations avec Daum, les télécommunications, les médias, l’IPTV et des services partenairesUn agent destiné à repérer les prestations publiques et à aider aux demandes

Cette diversité d’accès est un choix important : le service ne serait pas limité à une seule application ou à un site web. Le projet prévoit aussi des interactions par téléphone et par message, ce qui pourrait élargir les usages au-delà du public déjà habitué aux assistants conversationnels.

Une infrastructure publique, avec 512 GPU NVIDIA B200

Pour soutenir le lancement, le gouvernement prévoit de fournir 512 GPU NVIDIA B200 en 2026 aux consortiums sélectionnés. À partir de 2027, le Ministry of Science and ICT prévoit également de financer les coûts nécessaires à la fourniture du service à l’ensemble de la population et de poursuivre l’amélioration des agents d’IA.

Ce financement donne au programme une dimension industrielle autant que sociale. La Corée du Sud cherche à élargir l’accès à l’IA tout en orientant la demande publique vers ses propres modèles et entreprises, plutôt que de dépendre principalement des plateformes étrangères.

L’accès gratuit soulève aussi la question des données

Le plan officiel autorise les entreprises participantes à envisager des modèles de revenus fondés sur les données de prompts collectées pendant la fourniture des services. Cette possibilité rattache directement la promesse de gratuité à une question de gouvernance : les conditions d’utilisation des conversations feront partie des éléments déterminants du futur service.

Le débat dépasse la seule protection des données. Le déploiement d’une IA accessible à grande échelle fait aussi émerger des risques liés à la désinformation, aux deepfakes, aux cyberattaques, aux biais algorithmiques, à la dépendance à l’automatisation et à l’emploi. Ces enjeux accompagnent le projet alors même que ses services sont encore en phase de préparation.

La prochaine étape annoncée est la mise en place de la bêta, avant le déploiement national prévu par le gouvernement au cours de 2026.