CERN estime que le HL-LHC, la mise à niveau à haute luminosité du LHC existant, pourrait générer environ 1,8 franc suisse de bénéfices sociaux par franc investi. Ce ratio mesure un rendement collectif modélisé par rapport à un scénario sans mise à niveau, et non des recettes commerciales encaissées par le CERN.

Pour 100 CHF investis, le modèle associe ainsi environ 180 CHF de bénéfices sociaux. Il exclut la valeur intrinsèque des futures découvertes scientifiques, que l’analyse ne cherche pas à chiffrer.

Le scénario sans mise à niveau sert de référence

Le calcul attribue au HL-LHC uniquement les bénéfices supplémentaires par rapport à un LHC exploité sans l’amélioration de luminosité. Dans ce scénario de référence, l’accélérateur existant continuerait de fonctionner avec une maintenance ordinaire jusqu’aux alentours de 2030, puis cesserait de prendre des données après avoir épuisé son potentiel de découverte. Le personnel serait réaffecté et le tunnel mis en sécurité, mais resterait inactif.

La comparaison porte donc sur deux futurs possibles pour le même accélérateur, pas sur l’ensemble des retombées du CERN. Elle maintient notamment le parcours de formation des jeunes chercheurs dans le scénario HL-LHC, tandis que celui-ci se réduit dans le scénario sans mise à niveau.

Comment les bénéfices sociaux sont évalués

Dans leur présentation détaillée de l’analyse, Massimo Florio et Jessica Catalano décrivent plusieurs méthodes de valorisation. La formation arrive en tête, avec 40,3 % des bénéfices incrémentaux. Cette part correspond à la prime salariale estimée sur la vie professionnelle des jeunes chercheurs formés au CERN, comparée à celle de pairs comparables qui n’y ont pas été formés.

Canal de bénéficePart estimée des bénéfices incrémentauxBase de valorisation
Formation des jeunes chercheurs40,3 %Prime salariale estimée sur leur vie professionnelle par rapport à des pairs comparables non formés au CERN
Fournisseurs et logiciels librement accessibles37,7 %Retombées industrielles et valeur des logiciels réunies dans une seule part
Valeur collective10,7 %Estimation fondée sur des enquêtes de consentement à payer des contribuables
Engagement culturel5,7 %Valeur attribuée aux visites et aux activités de médiation scientifique
Publications scientifiques5,6 %Retombées mesurées par l’impact observable, notamment les citations

Pour les fournisseurs, l’estimation s’appuie notamment sur leurs comptes, des études de cas et une enquête menée auprès de plus de 650 fournisseurs. Elle évalue à environ 3 CHF le chiffre d’affaires supplémentaire ou les coûts économisés chez les fournisseurs pour chaque franc de commande de haute technologie. C’est une mesure des retombées chez les fournisseurs, distincte du ratio global de bénéfices sociaux du projet.

Les publications sont évaluées à partir de leur impact observable, et non de la valeur intrinsèque des découvertes. De même, les visites et les activités de médiation relèvent de la catégorie culturelle, tandis que la valeur collective repose sur des enquêtes auprès des contribuables.

Ce que les simulations permettent de conclure

Sur 50 000 simulations de Monte-Carlo, qui font varier 15 variables incertaines, 94 % ont produit une valeur actuelle nette positive. La valeur actuelle nette (VAN) correspond à la valeur des bénéfices moins celle des coûts, après prise en compte du temps. Le chiffre de 94 % décrit la proportion de résultats positifs dans ces simulations, selon les hypothèses du modèle.

Florio et Catalano décrivent aussi un scénario pessimiste où le coût total dépasse la valeur de référence : dans ce cas distinct, la probabilité modélisée d’une VAN positive est d’environ 80 %. Ce résultat ne se confond pas avec les 94 % obtenus dans le scénario principal.

La période et les francs retenus dans le calcul

L’analyse couvre la période allant de 1993 à 2038, exprime les montants en francs suisses constants de 2016 et applique un taux d’actualisation de 3 %, recommandé par la Commission européenne pour les projets publics. La fin de l’exploitation en 2038 était l’horizon attendu lors de la préparation de l’analyse. Florio et Catalano mentionnent aussi une prévision ultérieure qui porte cette échéance à 2041.