La définition formelle de la nostalgie évoque la sentimentalité pour le passé, l’idée de «ces bons jours» ou que «tout était mieux avant». Cependant, cette définition a changé au fil des siècles. Ses racines grecques indiquent «nóstos» et «álgos», une envie désespérée... le désir de rentrer à la maison. Et lorsque les médecins ont identifié la nostalgie pour la première fois, ils ont conclu que ses effets pouvaient être mortels s’ils n’étaient pas traités immédiatement.
L’histoire commence avec une jeune laitière suisse qui tomba d’une pente au XVIIe siècle. Elle fut transportée à l’hôpital, resta inconsciente plusieurs jours, les médecins la soignèrent, et son état physique s’améliora progressivement. Cependant, tout ce qu’elle faisait quand elle était éveillée était de rester assise dans son lit, refusant nourriture et médicaments. La seule chose qu’elle répétait était «Ich will Heim», «Je veux rentrer chez moi». Une fois que ses parents l’eurent retirée de l’hôpital et qu’elle fut rentrée à la maison, sa guérison fut totale.
Cette jeune fille fut l’une des premières à être diagnostiquée avec la «nostalgie», terme créé par le docteur Johannes Hofer, qui avait déjà identifié ce trouble parmi les mercenaires suisses. Ces soldats partageaient avec désespoir leur désir de rentrer chez eux, et en présentant sa thèse, Hofer parla de la nostalgie comme d’un «amour patriotique pathologique», d’une «nostalgie intense et dangereuse». Tristesse et dépression, une maladie de déplacement.
La nostalgie, la distance qui tue
Convaincu que les experts de la santé ne lui avaient pas accordé suffisamment d’attention, Hofer commença à identifier les principaux symptômes de la nostalgie : tristesse permanente, fixation sur la terre d’origine, perte de sommeil, «stupidité de l’esprit», faible tolérance aux plaisanteries ou aux injustices, perte de forces, problèmes de vision et d’ouïe, fièvre, perte d’appétit et refus de boire. Ces derniers points étaient ce qui rendait la nostalgie potentiellement mortelle.
Hofer nota également que les plus touchés étaient les jeunes et les adolescents envoyés dans des terres étrangères. Parmi ses recommandations, il indiquait des ajustements du régime alimentaire, des bains chauds, des «changements de circonstances», de l’exercice en plein air et la socialisation, laissant les traitements les plus extrêmes (saignées et purgatifs) aux cas avancés. Si rien de cela ne fonctionnait, la seule option était de rentrer chez soi, mais si la situation ne le permettait pas (comme être membre de l’armée ou dans un rôle de service)... les conséquences pouvaient être fatales.
Au début, la nostalgie était fortement associée au territoire suisse. Un médecin allemand alla jusqu’à blâmer «l’air des Alpes», suggérant que les Suisses étaient tellement habitués à l’atmosphère de leur maison qu’ils ne pouvaient pas respirer dans d’autres régions. Un autre spécialiste, Albrecht von Haller, associa la nostalgie à des changements d’altitude, et recommanda que les malades soient placés dans des tours.
Avec le temps, les frontières hypothétiques de la nostalgie se dissolvèrent. Elle quitta les montagnes pour s’installer aux États-Unis, en France et dans les colonies européennes. Plus de 5 000 soldats furent diagnostiqués avec la nostalgie pendant la guerre de Sécession. Le dernier mort confirmé «par nostalgie» fut un soldat américain combattant sur le front occidental en 1918, mais déjà à cette époque, la communauté scientifique voyait la nostalgie d’une autre manière. Elle avait cessé d’être une maladie mortelle pour devenir une condition de l’esprit... cependant, cela ne signifie pas qu’elle ne mérite pas notre attention.
Source : History Today